avec une dernière création théâtrale
LES MONDES QUI NOUS MANQUENT
Le temps caniculaire n’a pas découragé l’enthousiasme des habitués attirés par la programmation artistique originale du Théâtre de l’Orangerie. En ce cadre unique, au cœur du Parc La Grange, en ce site verdoyant et ombragé, un public passionné s’est pressé tout l’été… Occupant la terrasse abritant la buvette, vers le jardin et l’espace menant de la scène en plein air vers l’intimité au cœur du théâtre… Un itinéraire de création !
Les Mondes qui nous manquent… la dernière pièce de la saison 2026 se devait d’être exceptionnelle. Sous l’écriture ébouriffante d’un trio improbable avec Bastien Semenzato, le lanceur d’idées – co-directeur de l’Orangerie et de la Compagnie Superprod avec Céline Nidegger -, Karine Guignard – alias La Gale – rappeuse et actrice et, du musicien électronique, créateur sonore Léo Besso… on retrouve ici les interprètes sensibles et tourmentés se produisant sur scène ! Devant une installation technique digne des grands ensembles électroniques, les trois personnages vont et viennent, s’égosillant sur une musique forte en un espace qui se prend pour une piste de dance à taille réduite. Rasant presque les spectateurs du premier rang… Rap, électro, conférences, discours, l’ambiance en dépit d’un karaoké singulier fait la place belle à la parole… Et, donne l’impression d’une réunion se transformant en java !
Dès les premières minutes, il est question de Mark Fisher, écrivain, critique… Non, il ne s’agit pas du nom de scène d’un caractère mais bien d’un philosophe britannique, pour ceux qui ne le connaitraient pas ! Il s’en prenait, entre autres musique et culture populaire, à la philosophie politique et au « Réalisme capitaliste se demandant s’il n’y avait pas d’alternative… » ? Le mot capitaliste reviendra souvent ! Par quoi le remplacer ? Les comédiens s’emparant ici des idées de Fisher triturent, malaxent et pétrissent la question primordiale : Pourquoi est-il devenu si difficile de désirer un futur différent… Désirabilité, ce mot du vocabulaire du marketing de luxe, se décline cherchant comment devenir irrésistible, explose avec ce must qui s’est imposé en ces années de consumérisme acharné ! Must Have – le sens de la possession – avant même Must Be ! La notion d’Etre est-elle bannie ?
La suite s’installe dans une vision empruntée à un philosophe marxiste pour qui la culture contemporaine repousse l’humanisme au profit des arrangements sociaux de même qu’elle s’infuse d’une modernité perdue effacée par la postmodernité et le néolibéralisme. Vous avez dit compliqué ? Non, c’est simplement la surdétermination influencée par les relents économiques, politiques et culturels… Où va-t-on ? Vers l’idée que le présent est pétri par le passé et ses promesses oubliées. Vers un arrêt sur l’image et le sentiment que nous serions incapables, imbibés par la forte tentation de récupérer les versions du passé, d’inventer un renouveau ! La réflexion a continué hors champs, à l’issue de la représentation, entre amis, un rafraîchissement à la main, les sujets abordés durant le spectacle sont sérieux. Graves, sous certains aspects que semblaient éluder les rires qui emplissaient la salle de théâtre. A chacun son ressenti.
Théâtre-création Superprod par Céline Nidegger et Bastien Semenzato en coproduction avec TO ! Théâtre de l’Orangerie et La Bâtie Festival de Genève








