Les Voüèces s’approprient
la scène de l’Orangerie
Un duo se retrouve en un tête-à-tête troublant. Recluses au sommet d’une tour médiévale, deux femmes discutent, assommées d’ennui autour d’activités entre jeux et broderies… si banalement féminines. Avec soupirs et amertume, elles rebroussent le temps. Cherchant à meubler les silences, elles s’y enfoncent fantasmant jusqu’à entendre des voix, inconnues ! Vous ici ? Amicales ou malveillantes… Le public jugera.
Coproduite par le TO ! et le Théâtre Vidy Lausanne, sur les planches de l’Orangerie – un décor en blocs de pierres de construction bruts – Les Voüèces réunit ici les très talentueux Louis Bonard et Michèle Gurtner. Metteur en scène du spectacle, pour l’un, en même temps qu’auteurs et interprètes, ils jouent tous les deux les inénarrables Frénéjus et Rodogonde, ces personnages travestis en nonnes. La pièce devait initialement, s’appeler Les Regretz, désignant en vieux français, chagrin, peines et douleurs causées par un deuil ou d’autres événements malheureux… Trop révélateur ? Le titre fut abandonné ! Pris dans un sens figuré, indiquant un manque ou un oubli, les auteurs auraient également hésité, entre Les Trous, avant de choisir, en définitive Les Voüèces ! Un vieux terme d’origine francoprovençale signifiant Voix … Celles qui troublent ici ces dames, essayant de leur parler et entrainant chez elles peur et culpabilité. Tout un programme… S’agit-il de canular ou de fantômes… Possible !
S’arrogeant en catimini la vedette, centre de toutes les attentions, profondément refoulées, ces Voix prennent corps glissant sur une fragile intimité… Bouleversant le quotidien morne de Rodogonde et Frénéjus, elles s’activent à combler le gouffre du silence du temps qui passe… Et, principalement, à remplir le vide, ce temps à ne rien faire ! En toute discrétion, murmures, appels et plaintes s’élèvent perfides, doucereux ou même menaçants… Intrigant les spectateurs, cherchant à découvrir l’origine de ces voix et leurs significations. Plongée dans une ambiance médiévale, c’est le mystère d’une création contemporaine qui, sur la pointe des pieds, se rapproche étonnement de notre ère et ses complications… Et, si le mot voüèces ne figure pas dans un dictionnaire courant, il aura été remis au goût du jour par Louis Bonard ! Couvrant une période d’environ 1000 ans, le Moyen Age ne manque pas de projeter ici ses fantasmes… Jusqu’au 23 août au Parc la Grange.





